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ExisTransInter 2022

Discours de OUTrans prononcé lors de l’ExisTransInter 2022

Nous sommes l’association OUTrans, association féministe d’autosupport trans fondée en 2009 et issue de la communauté transmasculine.

Nous nous retrouvons enfin. Au soleil du mois de mai où le printemps annonce les beaux jours et non plus à l’automne sous un ciel gris.

Nous nous retrouvons après des années de crises sanitaires qui nous ont particulièrement éprouvé·e·s.

Nous nous retrouvons au lendemain d’un nouveau deuil qui frappe toutes les personnes trans. 

Nous nous retrouvons à un moment où les combats pour nos droits sont plus intenses que jamais. Et si nous sommes là, c’est pour ne rien lâcher. 

En 2021, la loi PMA pour toutes a délibérément exclu les hommes trans sous prétexte qu’ils représentent tellement peu de personnes que ce sont les tribunaux qui s’occuperont de nous. Quelle ignorance. 

Nous exigeons à nouveau aujourd’hui la modification de cette loi pour inclure enfin les personnes trans, sans attendre une révision dans 7 ans. Nous avons le droit d’être parents, ce qui implique aussi la modification des règles de filiation.

Notre état civil reste un combat. Nous exigeons la suppression du genre de l’état-civil et dans tous les domaines du droit. 

Nous sommes les seul·e·s propriétaires de nos identités. Profitons d’être à deux pas du ministère de la Justice pour exiger une révision de la loi de 2016 pour que les changements de prénoms soient immédiats, gratuits et déclaratifs, reconnaissant toutes les identités de genre, y compris non binaire, sans aucune intervention judiciaire. Être trans n’est pas un crime. 

Notre combat est aussi de faciliter la scolarité des enfants trans. 

Hier, nous avons appris un nouveau suicide d’un jeune trans dans un établissement scolaire.

En réaction à de tels actes qui avaient déjà marqué l’opinion publique, le ministre de l’éducation nationale a sorti en septembre dernier une circulaire qui, si elle rappelle l’évidence de l’autodétermination, conditionne la reconnaissance des prénoms d’usage – et par extension de l’identité de genre – à l’autorité parentale. 

Non, M. Blanquer, les parents n’ont pas le droit de vie et de mort sur leur enfant. M. Blanquer, les enfants sont des citoyennes et des citoyens avec des droits, même s’iels sont mineur·e·s. M. Blanquer, ne pas reconnaître l’identité de genre d’un enfant est une violence, une violence psychologique inacceptable et dès lors, c’est la loi, l’autorité parentale n’a pas lieu d’être. 

M. Blanquer, vous êtes directement responsable du suicide d’hier. Serait-il arrivé si la communauté éducative avait été formée ? Serait-il arrivé si l’élève avait trouvé au lycée un environnement immédiatement inclusif, indépendamment de la décision de ses parents ?

Nous exigeons du nouveau ou de la nouvelle ministre de l’Éducation Nationale en urgence une nouvelle circulaire supprimant le couperet de l’autorité parentale. Nous exigeons l’adaptation des logiciels de gestion des élèves pour prendre en compte enfin le prénom d’usage et surtout un grand plan national de formation au premier rang duquel, élève Blanquer, vous devriez assister !

Notre combat pour les mineur·e·s ne s’arrête pas là. Nous subissons des attaques incessantes d’un groupuscule extrémiste qui se fait appeler la Petite Sirène flirtant allègrement avec des personnalités et des mouvements d’extrême droite. Contre la loi, ces lobbyistes harcèlent les institutions pour refuser toute prise en charge de la transidentité chez les mineur·e·s, agitant le spectre fantasmé des détransitions. Leur voix est malheureusement entendue dans les médias et chez les politiques. 

Il est temps que nous fassions entendre la nôtre. Car la réalité est là. Les taux de suicide chez les jeunes trans sont délirants : 7 a 10 fois supérieurs aux jeunes cis. 

Contrairement à ce qu’ils veulent faire croire, une détranstion n’est pas un drame, parce qu’une transition ce n’est pas grave. Alors l’équation est simple : laisser mourir les jeunes trans ou les prendre en charge. Les extrémistes de la petite sirène préfèrent notre mort. Nous devons les combattre, ne rien lâcher. 

À notre tour de faire entendre notre voix. Pas celle du fantasme, celle de la réalité.

Ce combat arrive à un moment crucial. La Haute Autorité de Santé s’est enfin saisie de la révision de son protocole de soins de 1989 et de son rapport de 2009 qui nous ont fait – et nous font encore – tant de mal. 

  • Nous exigeons du nouveau protocole qu’il mette enfin en œuvre la dépsychiatrisation, censée être la règle depuis 2010, réaffirmée par l’OMS, mais toujours impossible à appliquer dans notre pays frileux. 
  • Nous exigeons une dépathologisation complète.
  • Nous exigeons une reconnaissance réelle et inconditionnelle de l’autodétermination et du consentement libre et éclairé.
  • Nous exigeons un maintien de la prise en charge intégrale des transitions médicales qui intègre la diversité des parcours.
  • Nous exigeons la prise en charge des mineur·e·s dès la puberté.
  • Nous exigeons la suppression des ententes préalables pour toutes les opérations et de doter les équipes chirurgicales respectueuses de suffisamment de temps de bloc pour qu’on ne soit plus obligé·e·s d’attendre 5 à 10 ans pour être opéré·e·s à l’hôpital public.
  • Nous exigeons des autorisations de mise sur le marché des hormones pour les personnes trans.
  • Nous exigeons le remboursement du Nebido et de l’androgel.
  • Nous exigeons la primo prescription de testostérone par les médecins généralistes.
  • Nous exigeons la distribution des injections d’oestradiol en pharmacie avec prise en charge intégrale.
  • Nous exigeons enfin la formation initiale et continue de tous les professionnel·le·s de santé. Nous ne pouvons nous satisfaire d’un pays où les endocrinologues se déclarent incompétent·e·s en matière d’hormones.
  • Nous exigeons l’égalité d’accès aux soins pour les personnes trans comme pour les personnes cis, ce qui implique des codifications sécu qui reconnaissent enfin tous les corps trans car oui, des hommes ont des vulves et oui, des femmes ont des verges.
  • Nous exigeons, en matière de santé comme dans tous les domaines, l’adaptation du droit commun pour qu’il prenne en compte les réalités trans, pas un droit spécifique. 

On vise l’autonomie, pas la survie.

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